Du bon usage technique des listes de diffusion.

Serge Aumont - novembre 2001

En toute occasion, il ne manque pas d'esprits éclairés pour nous dicter le bon comportement. Dans le domaine de l'usage d'Internet, c'est la netiquette qui, souvent, est brandie telles les tables des dix commandements. Mais qu'est-ce donc que la netiquette ? A qui s'applique-t-elle ? Pourquoi ? Si vous cherchez les réponses à ces questions, vous allez trouver sur Internet de nombreux textes qui prétendent graver dans le digital des lois immuables, mais il existe un seul RFC (informational) RFC-1855 de 1995 dont je vous recommande la lecture (ftp://ftp.cru.fr/pub/reseau/RFCs/rfc1855.txt). Rappelons quelques principes du bon usage des listes de diffusion fondés sur le respect des abonnés. Ces obligations sont moins des contraintes qui s'appliquent aux abonnés que des obligations pour le listmaster (l'opérateur du service de listes de diffusion) et les propriétaires et modérateur de chaque liste.

Protection des données :

Abonnement : oubliez le nombre d'abonnés de votre liste :

Donnez le ton

Droit à l'effacement

Fixez les règles du jeu

Protégez les abonnés contre eux-mêmes :

Le capitaine ne quitte pas son navire !

L'abonné sous contrôle

A toutes ces règles qui s'adressent aux propriétaires de listes et au listmaster, s'ajoutent celles qui concernent les abonnés. Il y a abondance en la matière, vous trouverez un tas de documents sur l'Internet, en particulier le RFC1855.  J'ai même trouvé un ´ cours ª de netiquette (les écoles françaises sont imaginatives :-)  Inutile de commenter une par une les règles qu'on peut trouver dans le RFC1855 :

       Pourtant, très souvent, l'emploi de documents attachés est proscrit, parfois même les seuls contenus autorisés sont le ´ texte pur ª, le html étant interdit (le text/html serait-il du  texte impur ?).

L'argumentaire contre l'emploi de MIME dans les listes

Quels sont donc les arguments généralement utilisés contre l'emploi de formats plus sophistiqués que le text/plain ou de formats composés ?

A cause des virus

C'est un faux problème :

- Interdire la diffusion de formats riches dans les listes de diffusions n'empêchera nullement votre poste d'être infesté par un virus reçu par un autre média que la liste. Sortez protégé : protégez votre poste contre les virus  pour ne pas être victime des virus d'autrui mais aussi pour ne pas infester autrui.

A cause de la taille des mails, de nombreux abonnés sont connectés avec des modems.

- La taille des messages composés en HTML est certes plus importante que celle des mêmes textes en text/plain. Cependant le temps de téléchargement de ces documents même avec un modem à 56kb/s reste extrêmement faible : un message demandant 1 seconde de chargement en text/plain ne demande certainement pas plus de 2 ou 3 secondes s'il est codé en text/html. Le temps de connexion des utilisateurs est surtout lié à l'emploi du WEB.

Seul le text/plain est lisible de tous.

Il faut distinguer l'emploi de formats propriétaires et l'emploi d'attachements. Bien entendu attacher un document au format word pose une énorme difficulté à ceux qui ont choisi de ne pas utiliser windows et word, mais des formats comme html, mp3, jpeg, mpeg sont parfaitement ouverts. Il est maintenant difficile de trouver un outil de messagerie qui ne supporte par le text/html (même s'il est difficile d'en trouver qui le supporte bien :-)

L'alternative inopérante

 L'alternative souvent proposée est de déposer sur un site web les documents et de ne diffuser que leur URL. Cette alternative est largement en contradiction avec les trois classes d'arguments utilisés par les détracteurs de l'emploi de toute les possibilités du standard MIME dans les listes de diffusion aussi bien que dans le mail de personne à personne :

  1. Un document infecté par un virus est aussi dangereux diffusé par le web que par mail. Pire, le traitement antivirus à la volée du trafic web est beaucoup plus délicat et onéreux  que le traitement des messages (en effet dans le cas du WEB le critère de temps de réponse est extrêmement important du fait de l'interactivité de ce mode d'accès).
  2. Le temps de chargement d'un document dépend peu du protocole utilisé, dans le cas du web, la lecture se fait par défaut en restant connecté. Dans le cas de la messagerie, si l'accès se fait par le protocole pop, la lecture peut se faire en mode déconnecté, si l'accès se fait en imap, l'accès aux documents attachés se fait uniquement à l'initiative du lecteur.
  3. Si le format d'un document est propriétaire, le fait de diffuser celui-ci par web ne permet pas d'exploiter le document plus facilement.

Par ailleurs, déposer un document sur le web pose de nombreux problèmes spécifiques et surtout, cet usage n'est pas équivalent à la diffusion  du document sur une liste :

En bref, le web ne répond pas aux mêmes besoins que les listes de diffusion qu'il n'a pas vocation à remplacer.

La force des habitudes

Il me semble que dans beaucoup de cas, c'est par habitude que l'on continue à interdire dans les listes de diffusion ce que les gens utilisent sans hésiter dans la correspondance de personne à personne. Les raisons qui nous poussent à encourager ses usages ne manquent pas.

         Le text/plain, s'il  est adapté à beaucoup de messages est malgré tout un format pauvre posant de grave problème de lisibilité. Ce n'est pas un hasard si ce format n'est pas utilisé dans la plupart des applications utilisant du texte ! Les problèmes les plus fréquemment sont l'absence de notion de paragraphe, (les coupures des lignes trop longues sont souvent fâcheuses) ; les URLs sont souvent coupées et elles deviennent incorrectes.

          Le format HTML améliore fortement la lisibilité. L'insertion d'un sommaire ´ cliquable ª, les balises de mise en page, les tableaux, les énumérations à numérotation automatique,  voir le multicolonnage et les formulaires sont très utiles s'ils sont bien utilisés. Pour s‘en convaincre comparer les versions text/plain et text/html de périodiques en mode liste de diffusion comme internet-actu ou html-rtflash@cru.fr (http://listes.cru.fr/wws/info/html-rtflash). Ces usages ne sont pas réservés aux publications électronique ; la correspondance plus spontanée doit pouvoir en profiter au moins pour préserver les URLs et disposer de quelques balises de mise en page.

         La possibilité de joindre des schémas, des dessins ou des photos est souvent adaptée à certains contenus.  Si l'émetteur du message a l'énergie pour bien utiliser ces fonctionnalités, le gain du pouvoir d‘expression est significatif.

Bien entendu, l'emploi systématique de ces facilités n'est pas une fin en soi et les abus maladroits sont très déplaisants, mais l'interdiction à priori est une mesure qui va à l'encontre de la formation des utilisateurs et qui limite leur expression. Elle est parfois le fait des gardiens du temple tenant d'une orthodoxie qui ressemble parfois à du conservatisme.

ANNEXE

Les fonctionnalités spécifiques de Sympa 

(http://www.sympa.org)

Nous avons développé un certain nombre de fonctionnalités dans le serveur de listes qui permettent (si on le souhaite) d'encourager l'utilisation de messages structurés :

Sympa est complètement MIME

Nous avons intégré le standard MIME dans toutes les fonctionnalités de Sympa. 

Les listes avec une version HTML

L'option d'abonné html ou  text permet de gérer des listes de diffusion (principalement de type ´ newletter ª) avec deux versions : une version au format text/html et une version au format  text/plain. Dans ce cas, contrairement au cas classique de gestion de deux listes, le modérateur diffuse du multipart/alternative contenant les deux versions des messages dans une seule  liste. Les abonnés reçoivent les messages dans le format de leur choix conformément à l'option d'abonnement html ou text.

L'option URLIZE

Cette option d'abonné permet de remplacer pour les abonnés qui y ont souscrit, les documents attachés par une URL qui pointe vers les archives de la liste. Elle permet à chacun de choisir sans niveler par le bas les fonctionnalités offertes aux abonnés.

Le traitement anti-virus

L'explosion du nombre de virus impose de traiter toutes les voies de propagations. Les listes entre autre. Sympa intègre un traitement anti-virus des messages entrants. Estimation :

200 000 messages infectés auraient été diffusés au mois de septembre 2001 si nous n'avions pas installé ce dispositif.